La qualité du suivi en chirurgie bariatrique dépend de la qualité de la préparation
Par Patrick Bergevin, membre du Think Tank ObésitéS, chirurgien digestif.
Certaines personnes en obésité soulagent leur agressivité par un comportement hyperphage compulsif. D’autres atténuent leur anxiété en grignotant. Le comportement alimentaire est en prise directe avec les émotions. Mais il est variable d’un individu à l’autre en fonction de sa personnalité et de son parcours. Les tentatives chirurgicales de correction de ce comportement ne peuvent raisonnablement permettre un résultat durable que si l’on s’attache aussi à modifier les tensions qui habitent le patient.
Devant les mêmes difficultés de l’existence, les mêmes déviances ressurgiront : l’hyperphage compulsif dilatera son montage. Le grignoteur regrossira. Tous les comportements excessifs, s’ils réapparaissent, risquent de mettre la chirurgie en échec. Il faut faire prendre conscience que le travail préparatoire est fondamental car on sait d’expérience qu’il est beaucoup plus difficile de l’obtenir après la chirurgie. En revanche c’est grâce à lui qu’on pourra obtenir un meilleur suivi à long terme.
Méthode
Alors, comment faire ?
Le chirurgien lui même doit être conscient que la qualité de ses résultats à distance dépendra aussi de cette préparation. Et puis on ne peut proposer en son âme et conscience cette chirurgie lourde, à risque vital, qu’en s’entourant de précautions pour éviter l’échec à long terme et fidéliser le suivi.
La prise en charge nutritionnelle doit être suffisamment longue pour que de nouvelles habitudes aient le temps de s’installer, ce qui peut obliger à certains changements du mode de vie.
La prise en charge psychologique ne se résume absolument pas à la consultation-passeport pour la chirurgie décrétant l’absence de contrindication psychiatrique. Il s’agit aussi, entre-autres, de :
- débusquer les facteurs ayant induit l’obésité.
- rechercher d’autres exutoires à substituer en réponse aux tensions.
- abandonner l’obsession des régimes restrictifs.
- récupérer l’estime de soi.
- travailler la perception de son image.
- asseoir sa décision opératoire.
Mais il faut du temps et de l’énergie pour en arriver là.
L’organisation de réunions de formation est d’une grande aide. Obligatoires et encadrées par les membres de l’équipe, elles font intervenir aussi d’anciens opérés, permettant de fidéliser leur suivi, motivés aussi par un travail de transmission et de soutien.
Certains se sont regroupés au sein d’une association qui peut également conseiller les nouveaux par mail, organiser des activités physiques, des bourses aux vêtements.
Une dynamique de groupe se crée ou les anciens témoignent de l’utilité de la préparation qu’ils ont pu suivre (alors que certains étaient eux mêmes tout à fait réticents auparavant). Les questions posées en amènent d’autres qui permettent de mieux fouiller les sujets.
Les personnes se sentent moins isolées. Elles sont plus impliquées qu’en consultation devant un spécialiste que l’on écoute. L’accent est mis sur les risques encourus et l’importance d’un suivi à vie.
Résultats
Finalement la décision opératoire ne sera prise qu’après concertation des membres de l’équipe : est ce le bon moment, la préparation est elle suffisante ? La personne est venue aux réunions, sa prise de conscience a progressé, a t-elle mis sur pied suffisamment de changements ? Parfois cependant, le feu vert est donné devant des comorbidités importantes ou des circonstances de vie particulières bien que la préparation ne paraisse pas suffisante. Mais l’opéré aura au moins des repères et des contacts pour assurer au mieux le suivi.
A l’inverse, il se peut que la personne abandonne le projet un temps (ce n’était pas le moment) ou définitivement (elle a maintenant un autre regard sur la vie et sur elle-même).
Discussion
Le travail du chirurgien serait plus simple et sa conscience moins mise à l’épreuve si le parcours obligatoire passait d’abord par une prise en charge rigoureuse psychologique et nutritionnelle avant qu’il rencontre pour la première fois le porteur du bistouri.
Ce n’est pas au chirurgien de décider seul du bon moment. On entend maintenant dans les congrès que le parcours naturel de l’obèse sera d’en passer par plusieurs opérations successives, de morbi-mortalité croissante. Ce n’est certainement pas le souhait de l’opéré, ni du chirurgien, ni de la Sécurité Sociale.
Il ne faudrait pas voir cela comme une fatalité mais réfléchir plutôt comment l’éviter par une préparation adéquate qui procure des repères et des ancrages pour un suivi rigoureux à long terme :
- avec la nutritionniste une fois par an,
- avec la psychologue en fonction des difficultés rencontrées.
L’important étant d’avoir des supports vers lesquels revenir quand cela est nécessaire.
Balises : alimentation, chirurgie, chirurgie bariatrique, chirurgien, hyperphagie, obésité, Patrick Bergevin, poids, préparation, suivi, surpoids
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Tout y est, obèse opéré par sleeve, je m’y retrouve tout à fait et c’est pour celà que le milieu associatif est important, tant dans la préparation que l’accompagnement post opératoire, en collaboration avec les professionnels.
au Sein du CNAO, nous travaillons à formaliser les actions des associations, de manière à ce que la complémentarité soit effective pour un succès durable.
un exemple d’association qui travaille dans ce sens: http://www.grapeos.fr
Bonjour « Rumeaux », je suis écrivain pour la jeunesse. Très concernée par la question de poids, j’ai écrit un premier roman « inspiré de faits réels » qui s’intitule le carnet de Groku. aujourd’hui, je travaille sur un roman pour ados sur l’obésité et la sleeve. J’en ai eu envie après avoir rencontré un jeune qui s’est fait opérer;. pour faire un récit le plus proche possible de la réalité, je cherche des témoignages. accepteriez vous de discuter avec moi par téléphone ? Très cordialement, Sophie
mon email : [email protected]
Opéré de l’anneau il y a 10 ans, je n’ai eu aucun suivi psychologique, nutritionnel ou autre. Mon ancien chirurgien m’a lâché dans la nature avec la moitié des informations. Par exemple je ne savais pas que le gazeux était interdis. Me voila faite j’avais perdu 15kg avec un 1er serrage aujourd’hui je suis revenue au poids de départ. Peut-on répété un anneau gastrique et le remplacer par un by-pass ?
*réopérer
On peut envisager de recourir à un autre type de chirurgie en cas d’échec d’anneau
Mais il est là encore plus indispensable d’accepter d’assumer une bonne prise en charge diététique et psychologique avant de prendre la décision car :
-il est possible que l’anneau soit mieux supporté après cette prise en charge (et puisse être gardé)
-une 2eme chirurgie peut elle aussi être vouée à l’échec si on néglige cette prise en charge
Dr Bergevin