Même pas peur de grossir !
Par Catherine Grangeard, membre du Think Tank ObésitéS, psychanalyste spécialiste des questions d’obésité.
L’Association Française d’Etude et de Recherche sur l’Obésité (AFERO) présente cette semaine une étude menée sur 14 000 européens (voir ici). Elle montre combien la population n’est pas centrée sur son IMC. Le décalage des spécialistes et des individus éclate au grand jour… Les gens ont tellement de soucis !
L’étude montre que les sondés ont tendance à sous-évaluer leur poids. Ainsi, 30 % des personnes en surpoids pensent que leur poids est « normal ». 80 % des personnes classées obèses selon leur indice de masse corporelle (IMC) se décrivent comme en surpoids. Toutefois, ces indices devraient être mis en parallèle à d’autres facteurs, comme l’âge par exemple.
D’une certaine façon, la présentation de l’AFERO associe le lecteur à une certaine indignation devant cette méprise collective. On estime légitime de formuler un reproche tacite aux personnes qui ne se voient pas aussi grosses qu’elles le sont. Elles seraient de mauvais citoyens mettant en péril les finances publiques… Avec ce point de départ, si le monde médical de l’obésité s’étonne d’être inaudible, je m’inquiète pour lui. « Circulez, il n’y a rien à voir »… est la réponse du public, refusant d’être mis au banc des accusés.
Réduire une personne à un indice, fut-il de masse corporelle, est faux et insultant. Faux car une personne est bien plus qu’un seul de ses aspects. Ou alors interrogeons-nous sur la signification de ce type de catégorisation, qui mène vers des dérives qui seront ultérieurement regrettées. Mais la stigmatisation est pourtant préparée par cette façon de mettre un projecteur sur un seul facteur.
Insultant, car être gros n’est pas valorisé dans notre société. Inutile de s’étendre sur ce point.
Alors, ce réflexe psychique de survie d’ignorer le problème est finalement assez salvateur pour exister.
Si on considère que la pression exerce sur un individu des effets négatifs menant vers la dépression, l’obsession, et autres, cessons de résumer une personne à une seule de ses particularités. Ça lui sera rapidement profitable. Seul le juteux marché de l’obésité risque d’y perdre…



