Le ventre des femmes
Par Catherine Grangeard, membre du Think Tank ObésitéS, psychanalyste spécialiste des questions d’obésité.
En réaction à l’article « Violences sexuelles : une obésité méconnue » de Jean-Michel Lecerf
L’article de Jean-Michel Lecerf attire notre attention sur l’impact psychologique de tout vécu et ses éventuels retentissements sur les questions de poids, en excès par exemple. Il a tout à fait raison, une personne ne se découpe pas en morceaux. On n’est pas à la boucherie… quoique parfois on puisse le craindre.
En évoquant rapidement IVG et PMA, Jean-Michel Lecerf souligne combien le ventre d’une femme lui appartient. Elle ne saurait vivre une grossesse ou l’empêcher sans que la moindre incidence n’en découle. Etre enceinte peut être la plus belle des choses qui arrive… ou la pire. L’expression « tomber enceinte » revient très souvent lorsqu’il est parlé d’attendre un enfant. « Tomber » est couramment associé à quelque chose de négatif dans la langue française…
Nous connaissons tous de nombreuses femmes n’ayant pas accepté une maternité s’engager dans une dépression ou/et dans des problèmes de poids par exemple. Le vécu subjectif de tout évènement le transforme en heureux évènement ou l’inverse. C’est également vrai pour la PMA, l’IVG. Si l’interruption de grossesse n’est pas vraiment volontaire, si le conjoint a fait pression, comme je m’en souviens dans plusieurs situations, alors, des années après, la trace s’exprime par l’excès de poids, par exemple. Comme si la grossesse non menée à terme les avait rendues grosses a vitae æternam. Lorsqu’enfin la colère contre le compagnon imposant sa volonté peut s’exprimer par des mots, les kilos deviennent inutiles. Élucider cette double peine est un grand classique.
Mais l’inverse est tout aussi vrai. J’ai en mémoire une très jeune femme, enceinte par accident, empêchée par des parents très religieux d’avorter. Ils ont décidé pour elle qu’elle accoucherait sous X et abandonnerait l’enfant à l’accouchement. Dix ans après, cette femme pèse 140 kilos.
L’acharnement pour avoir un enfant dans les FIV peut relever de la torture. La science oublie parfois qu’un être humain se cache derrière ce ventre. Il y a quelqu’un dans ce corps !
Nous connaissons bien évidemment des IVG, des PMA et en général des grossesses, assumées, décidées.
Pour en finir dans le cadre d’un article, je vais encore me répéter : intéressons-nous à la personne !
Comment exprimer qu’elle ne veut être l’objet de personne ? Il est cruel de donner des conseils, des ordonnances, à quiconque n’a pas repris/compris sa vie…


