Les limites de l’IMC
Par Nathalie Négro, membre du Think Tank ObésitéS, diététicienne responsable du Centre Nutritionnel des Thermes de Brides-les-Bains.
En réaction à l’article « Même pas peur de grossir » de Catherine Grangeard
Nous avons à plusieurs reprises débattu sur ce blog des limites de l’IMC. D’abord, il n’est à mon sens pas étonnant que les personnes ne se retrouvent pas dans ces différentes catégories, qui n’ont pas grand sens au niveau individuel.
Mais surtout, mon contact quotidien avec les patients m’incite à trois réflexions :
- Méconnaissent-ils vraiment leur degré de surcharge pondérale ? Pour certains, probablement, mais je ne crois pas que ce soit la majorité. En revanche, les termes choisis importent beaucoup. Lorsque l’on évoque en consultation les motivations à maigrir, j’entends régulièrement : « c’est mon médecin, il m’a dit que j’étais obèse ! ». Ce diagnostic tombe comme un couperet et est parfois ressenti comme un reproche. Ce terme « obèse » fait peur. Il présente aussi une connotation péjorative, comme s’il s’agissait d’une faute et non d’une maladie.
En revanche, les termes de surpoids ou de surcharge pondérale paraissent plus doux, plus respectueux. La sémantique joue probablement un rôle dans les réponses des personnes quant à la perception de leur corpulence.
- Ensuite, la comparaison entre individus. Il nous arrive fréquemment d’entendre, quelle que soit la corpulence de notre interlocuteur : « oh, mais moi, ce n’est rien par rapport à d’autres personnes que j’ai croisées ! ». Ce n’est pas méchant de leur part, ni même un jugement. Ils sont bien conscients d’être en excès de poids mais ne pas s’avouer à quel degré de surcharge on se situe permet de se rassurer.
- Enfin, le poids financier de l’obésité et de ses complications est indéniable. Cependant, aucune campagne de prévention ne peut intervenir sur l’image que l’on a de son propre corps, plus ou moins loin de la réalité, déformée par notre histoire, notre vécu, tant psychologique que physique.


