Le paradoxe de l’obésité
Par Bernard Waysfeld, membre du Think Tank ObésitéS, médecin nutritionniste et psychiatre.
Une littérature de plus en plus abondante s’intéresse au « paradoxe de l’obésité ».
Alors que de nombreuses publications alarment nos concitoyens sur l’inflation irréversible et catastrophique de l’obésité pour 2030 (par exemple 30% de sujets obèses en France en 2030) des études sérieuses montrent que le risque lié à la surcharge adipeuse et pondérale ne correspond pas à celui annoncé.
Tout récemment, un travail considérable coordonné par un français, Boris Hansel (European Heart Journal du 4 août 2015), apporte de sérieux arguments au fait que, loin d’aggraver le risque cardio-vasculaire, l’obésité constituerait même un facteur protecteur !
Pas moins de 54000 sujets ont été engagés et suivis pendant 4 ans dans 44 pays ! Un travail énorme dans lequel les patients ont été classés en fonction de leur index de masse corporelle en 6 groupes : maigres, normo-pondéraux, en surcharge, souffrant d’obésité modérée, sévère ou morbide.
En dehors du groupe « obésité modérée » (index de masse corporelle entre 30 et 35), tous les sujets en surcharge ont présenté une diminution de leur risque cardio-vasculaire. L’étude précise qu’on ne peut imputer ce résultat aux traitements prescrits (bêtabloquants, aspirine, inhibiteurs de l’angiotensine… etc) en particulier, en raison du grand nombre de sujets inclus dans l’étude. Les minces ou maigres présentaient le taux le plus élevé d’événements cardio-vasculaires ! Inversement, ce sont les sujets obèses ou en surpoids qui ont présenté la moindre mortalité ainsi que le moins d’événements cardio-vasculaires. Les mêmes résultats sont observés dans chaque groupe, quel que soit le niveau des traitements prescrits.
Il va de soi qu’une telle étude présente des forces et des faiblesses : les changements de poids, le niveau d’activité physique, la prise d’alcool, le niveau « d’inflammation » lié à la surcharge, aucun de ces facteurs n’a été consigné dans les observations au cours de l’étude. Les auteurs concluent prudemment sur le fait que d’autres travaux sont nécessaires pour comprendre pourquoi « les maigres » sont les plus à risque. Cependant ces résultats sont largement en accord avec l’expérience des cliniciens aguerris, ce qui devrait plutôt rassurer les gros qu’on stigmatise tant, y compris médicalement.


