Fast-food/obésités : attaquons-nous aux racines plutôt qu’aux fleurs du mal
Par Jean-Michel Lecerf, membre du Think Tank ObésitéS, chef du service nutrition de l’institut Pasteur de Lille, spécialiste en Endocrinologie et maladies métaboliques.
En réaction à l’article « Plus d’obésités, si on peut mal se nourrir près de chez soi ? » de Catherine Grangeard
Que les choix alimentaires effectués dans les fast-foods ne soient pas toujours un modèle d’équilibre nul ne peut le contester. Encore faudrait-il remarquer que l’offre et le discours des différentes enseignes n’est pas uniforme. Certains mettent en avant des plats délibérément hypercaloriques. D’autres s’efforcent de jouer sur la qualité, la quantité, la diversité, les portions, l’information. Certains ont même fait des progrès notables dans ce sens. Là où le bas blesse est encore très largement du côté de la boisson sucrée.
Que les consommateurs de fast-food négligent la dimension nutritionnelle de leur repas, cela ne peut être nié. Encore faudrait-il regarder ce qu’ils font chez eux (Am J Clin Nutr 2014, 99, 162-171) et pourquoi leur intérêt sur l’équilibre alimentaire est si faible. Pourquoi leurs choix ne se portent pas sur les offres de fruits ou de salades qui y sont parfois faites ?
Que les menus choisis soient encore trop gras et sucrés est une réalité. Mais ne peut-on pas faire encore plus dans l’excès dans les brasseries et certaines sandwicheries ou encore dans les bouchons lyonnais ? Pourquoi faut-il toujours un bouc émissaire à des problèmes qui ont d’autres origines ?
Etablir une relation entre implantations des fast-foods et obésités conduit à un raccourci un peu surprenant : de l’œuf ou de la poule. Cela me fait penser à une autre étude où l’on montrait, qu’il y avait plus d’obèses dans les quartiers où il y avait moins d’espaces fleuris et plus de graffitis sur les murs. Suffirait-il de mettre des parterres de fleurs et d’effacer les graffitis pour que l’obésité régresse ? Ne peut-on pas se pencher sur le gradient social de l’obésité, sur le pourquoi des comportements, sur les représentations sociales et sur le cercle vicieux des faibles revenus ? Mais attention si ce sont les pauvres qui sont gros, on pourrait supprimer les pauvres. Cela serait plus efficace. Attaquons-nous aux racines du mal plutôt qu’aux fleurs du mal.
Balises : alimentation, équilibre, diversité, fast-food, fruits, hypercalories, information, Jean-Michel Lecerf, malbouffe, menu, nutrition, obésité, plat, portions, qualité, quantité, salades, social, sucre
2 responses to “Fast-food/obésités : attaquons-nous aux racines plutôt qu’aux fleurs du mal”
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Les corrélations mathématiques faites autour de l’obésité sont en effet dramatiques.
Si un fast food s’installe à proximité d’un lycée, c’est avec la cantine qu’il se met en concurrence. La fréquentation des cantines chute alors… mais les parents continuent de payer la facture au trimestre. Alors les repas comptent double sur le budget (aussi)… Comment améliorer les cantines des collèges, des lycées ? qu’il y ait moins de temps de queue, que la qualité soit bonne, que le niveau sonore soit supportable, que le personnel soit aussi agréable que si les clients étaient des adultes de restauration collective… On entend les jeunes se plaindre en permanence des cantines et tous n’ont pas des hallucinations auditives et autres… Le fast food qui s’installe n’a pas vocation a résoudre tout cela, il profite juste d’un marché. Les associations de parents d’élèves en sont malades d’ailleurs… Le fast food sait rendre attractif à sa clientèle ses produits. Les cantines pourraient peut-être s’en inspirer… Proposons aux responsables de la restauration scolaire d’y aller un jour de semaine. C’est instructif… l’établissement ne désemplit pas. L’école buissonnière est facilitée. Merci, à tous les niveaux le fast food, c’est un modèle à étudier !