L’obésité, une maladie sociale

Par Jean-Michel Lecerf, membre du Think Tank ObésitéS, chef du service nutrition de l’institut Pasteur de Lille, spécialiste en Endocrinologie et maladies métaboliques.

En réaction à l’article « L’obésité se développe partout dans le monde » d’Arnaud Cocaul

thick-373064_640Le lien entre obésité et pauvreté n’est pas si simple que cela. Il faut d’abord distinguer grande pauvreté et faibles revenus. Dans le premier cas, le risque principal est plutôt la sous-nutrition que la suralimentation. Dans le second cas, le gradient d’obésité est inverse aux revenus. Mais la relation est linéaire, il n’y a pas de seuil. Au plus le revenu baisse, au plus la prévalence d’obésité est forte. C’est d’ailleurs un des facteurs prédictifs d’obésité les plus puissants.

La priorité est de cibler nos efforts sur cette population à risque plutôt que d’asséner des discours minceurs et de la restriction à tous. Cette dernière, lorsqu’elle est inappropriée, est un facteur de prise de poids.

Les causes de cette relation faibles revenus / obésité sont multiples. Elles évoluent dans le temps et dans l’espace. Il y a plus d’un siècle, la relation était inverse comme l’écrivait Paul Guth dans Jeanne la Mince : « en ce temps-là la graisse prouvait la réussite ». Aujourd’hui dans les pays pauvres ce sont les riches qui sont trop gros, mais dans les pays émergents la transition alimentaire se mue en transition pondérale puisque les riches deviennent minces et les pauvres deviennent gros ! A première vue la mesure de prévention la plus efficace serait d’enrichir les populations !

Ce gain de poids est en lien avec de très nombreux facteurs. Bien sûr le plus faible coût des aliments caloriques, ce qui pourrait s’accentuer en les qualifiant de « rouge », à moins de les taxer ce qui appauvrirait les pauvres ayant toujours le désir de manger « riche » ! A côté de ces facteurs économiques, il faut souligner l’importance de la représentation du gros corps et de sa symbolique (force chez les hommes, fécondité et maternité chez les femmes). Ce sont dans les populations d’origine maghrébine, turque et française que ceci est le plus marqué. La représentation des aliments signe de richesse quand ils sont nourrissants est essentielle. L’accès à l’information et aux soins est un élément à considérer tout comme la vulnérabilité aux messages publicitaires. Quant à la réduction de l’activité physique, elle serait due à l’obésité et n’en serait pas la cause. Les études ont bien montré que les personnes de plus faible revenu s’ils ne pratiquent ni golf ni tennis ont d’avantage d’activité physique du fait de leur travail, de l’usage plus fréquent des transports en commun, des travaux ménagers. A moins que le chômage soit lui-même un facteur d’obésité du fait de l’absence d’exercice lié au travail, des heures passé devant le foot à la télé et du stress social qu’il entraîne, puisqu’il est établi que c’est un facteur d’obésité abdominale.

Enfin l’épigénétique fait que l’obésité se transmet de génération en génération indépendamment de la génétique, ce qui accentue la prévalence de la maladie.

Avant d’être une maladie métabolique, l’obésité pourrait être aussi une maladie sociale dans un grand nombre de cas.

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