Une personne obèse peut-elle être ministre de la santé ?
Par Solenn Carof, membre du Think Tank ObésitéS, sociologue et enseignante à Sciences Po Paris
En réponse à l’article « La discrimination, facteur d’obésité » d’Arnaud Cocaul
Dans un article daté du 13 octobre 2014 , Courrier International évoque la nouvelle ministre de la santé belge et les conséquences que sa promotion a eu dans l’opinion publique face à sa forte corpulence. De nombreux acteurs politiques et médiatiques belges se sont ainsi fait l’écho de remarques stigmatisantes sur le physique de cette femme politique.
Cette stigmatisation rappelle d’une part la méconnaissance dans la sphère publique de ce qu’est l’obésité, et ses causes possibles. Notamment du fait que celle-ci n’est pas un « choix » de vie (ou tellement rarement), mais la conséquence de nombreux facteurs intriqués, mêlant causes génétiques, médicales, sociales et psychologiques. Face à la méconnaissance de cette problématique, il faut rappeler en outre que les solutions face à des corpulences éventuellement dangereuses pour la santé ne tiennent pas miraculeusement dans les mains des seuls concernés. Les régimes sont majoritairement inefficaces, les médicaments quasiment inexistants et les opérations nécessairement limitées à un petit nombre d’individus.
D’autre part, ces remarques révèlent quelles sont les représentations sociales péjoratives associées aux fortes corpulences : l’incompétence, la fainéantise et le laisser-aller. Mettre en doute la crédibilité de cette ministre, médecin généraliste de formation, sous prétexte que sa corpulence ne serait pas conforme aux normes médicales, c’est confondre son apparence avec ses compétences.
Au-delà du fait que l’on ne demande pas au ministre des sports d’être un sportif de haut niveau, ni au ministre de l’éducation d’avoir été professeur, ces remarques témoignent d’une critique récurrente et fortement dommageable pour les personnes en surpoids ou obèses. Les conséquences de ces stigmatisations et discriminations fréquentes ont pourtant l’effet inverse de ce qu’elles cherchent à faire, les insultes et l’exclusion conduisant parfois à l’isolement, à des pratiques alimentaires compensatoires et à la prise de poids.
Heureusement, la corpulence de cette nouvelle ministre ne l’empêche pas d’être une des personnalités politiques les plus populaires en Belgique. Preuve que l’on peut être une femme, obèse, compétente et populaire, n’en déplaise aux critiques !
Les réactions au post de Solenn Carof
- Obésité : appel à la haine collective !
Par Catherine Grangeard, membre du Think Tank ObésitéS, psychanalyste spécialiste des questions d’obésité.


