Discrimination et perte de conscience

Par Sylvie Benkemoun, membre du Think Tank ObésitéS, psychologue psychothérapeute spécialiste des questions d’obésité.

En réponse à l’article « La discrimination, facteur d’obésité » d’Arnaud Cocaul

Dans le flot incessant des études concernant l’obésité et ses causes, l’une d’entre elles, récente, met en cause la discrimination. A la première lecture ce constat n’est pas nouveau et semble connu.

A situation d’inconfort, la recherche de réconfort semble une évidence. Et quel réconfort plus accessible et connu que l’alimentation pour des personnes en difficulté avec leur poids ?

La personne concernée cherche à calmer sa culpabilité en activant ou réactivant, une boucle qui s’auto-entretient. Manger pour ne plus se sentir coupable puis manger pour se punir d’avoir mangé. Ces troubles du comportement alimentaire, souvent tenaces permettent de maintenir une estime de soi mise à mal.

La discrimination est aussi à l’origine d’autres effets, plus invisibles mais aussi délétères dans les difficultés rencontrées par les personnes concernées.

Pointée du doigt en permanence comme un mauvais sujet qui ne fait pas ce qu’il faut pour avoir un poids standard et être en bonne santé, la personne va éloigner cet « objet du délit » en mettant sa vie présente entre parenthèses, en attente du moment où ce juste poids sera possible.

Rêvant à un futur plus favorable, elle s’éloigne de sa réalité dans un état d’inconscience du moment qui peut durer très longtemps. Les kilos peuvent s’accumuler alors sans que la personne ne s’en aperçoive. Puis, à la faveur (ou la défaveur) d’un regard dans un miroir, la conscience reprend sa place et la demande de prise en charge peut suivre. Mais l’aggravation de l’obésité devient de plus en plus difficile à juguler.

Pendant cette phase d’inconscience le corps est mis à distance. Les sensations sont abrasées, voire inexistantes. Elles éloignent le sujet de ses signaux de douleur, de désir, de plaisir, mais aussi de faim et de satiété.

Un chemin thérapeutique bien conduit peut aider à restaurer ces indicateurs de régulation en travaillant sur les potentialités perdues. Il ne s’agit plus de se défendre en trouvant des solutions qui aggravent les problèmes initiaux. Mais de retrouver les fonctions initiales mises à mal par une discrimination préoccupante tant elle s’amplifie et se justifie par des discours de santé. Ne faudrait-il pas s’interroger sur le ratio bénéfices-risques concernant les informations sur l’obésité et ses conséquences ?

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