Farce et attrape
Par Jean-Michel Lecerf, membre du Think Tank ObésitéS, chef du service nutrition de l’Institut Pasteur de Lille, spécialiste en endocrinologie et maladies métaboliques.
En réaction à l’article « Mysimba, Baclofène… Qui est responsable ? Prescripteurs ou patients ? » de Catherine Grangeard
Je suis favorable à la mise sur le marché de médicaments pour aider les personnes qui ont une maladie. Surtout si cette maladie ne guérit pas seule, ou ne guérit qu’exceptionnellement avec les meilleurs praticiens ; ou encore si elle n’est améliorée que partiellement ou transitoirement avec leur aide.
D’ailleurs comme cette maladie est difficile à soigner, les patients sont trompés et exploités par de nombreux commerçants, marchands de soupe, de machins, de trucs, de livres ; parfois même ces marchands sont médecins.
Comme il n’existe pas de traitement, on dit au patient qu’il n’a qu’à faire attention (à quoi ?). S’il n’y arrive pas, c’est un mauvais patient. Il n’a aucune volonté. Cette maladie s’appelle l’obésité.
Curieusement parmi toutes les maladies que l’on ne sait pas soigner, c’est une des seules pour laquelle ce discours est tenu. On ne dit pas cela aux personnes ayant une sclérose en plaques, un psoriasis, une arthrose généralisée, une maladie d’Alzheimer. Peut-être parce que les gros nous gênent. D’ailleurs ils coûtent cher. Peut-être parce que l’on croit que c’est (seulement) une maladie de l’alimentation alors que c’est une maladie du tissu adipeux, de l’hypothalamus,… et secondairement, le plus souvent, du comportement.
Alors face à cette maladie, qui est l’obésité, je désire que les patients soient aidés mais pas avec n’importe quoi. Pas avec des farces et attrapes comme le Mysimba qui ne résoudra rien et aura des effets secondaires importants. On le sait, compte-tenu de sa formule chimique et de ses modes d’action, c’est un peu comme si on jetait en pâture à ces gros gênants un os à ronger ou un piège à souris pour les calmer. C’est méprisant.
Alors, lorsque les médecins étaient sous la pression de l’industrie, des médias, des patients je ne condamne pas ceux qui ont prescrit, lorsque l’on n’en connaissait pas encore les effets, le benfluorex ou l’isoméride. Il n’était pas illégitime, ni illogique, de chercher à aider un patient diabétique en surpoids avec un médicament améliorant poids et glycémie. Mais maintenant que l’on sait, on veut autre chose pour nos patients. C’est pourquoi il faut absolument encourager et poursuivre la recherche fondamentale et la recherche clinique.



Bonjour
En effet il me semble méprisant de parler de volonté à un malade.
Pourriez vous nous dire quelle est votre position sur le baclofène ?
Est ce pour vous une piste intéressante ou pas ?
Bonjour,
Je me permets de vous transmettre la mise au point que nous, associations d’utilisateurs et primo-prescriteurs de baclofène avons publiée à la suite de la polémique qui associe à tort Mysimba et baclofène. Cela permettra peut-être une meilleure compréhension de notre point de vue:
Bien coordialement
Marion Gaud
Association AUBES
Baclofène et troubles du comportement alimentaire : une mise au point
A l’heure ou un nouveau médicament « coupe-faim » venant des États-Unis, le Mysimba, association de naltrexone (Révia, déjà utilisé comme traitement de l’alcoolo-dépendance, sans grande efficacité) et de bupropion (Zyban, prescrit pour le sevrage tabagique), obtient un avis favorable de l’EMA (Agence européenne du médicament) créant à juste titre, en France, une polémique avec la crainte d’un nouveau scandale Médiator, l’ ANSM a également émis le 22 décembre 2014, une mise en garde sur l’utilisation du baclofène dans les TCA (troubles du comportement alimentaire) et dans le cadre de régimes amaigrissants.
Pour nous, médecins et patients utilisateurs de baclofène, le scénario de dénigrement que nous avons connu concernant le traitement de l’alcoolisme se répète avec les TCA, alors qu’il conviendrait d’examiner cette question d’un point de vue scientifique.
Dans la pratique, des cas de TCA de type « binge eating », soit de consommation compulsive de nourriture, s’apparentant au « craving » de l’alcoolique, peuvent être améliorés par la prise de baclofène. En revanche, ce médicament n’est pas un coupe-faim (comme nous l’avons entendu dans les médias ces jours-ci) et n’a aucun intérêt chez les patients recherchant une pilule pour perdre du poids.
Avant d’avoir été testé pour l’alcoolisme, le baclofène a d’abord montré son efficacité anti-craving chez les cocaïnomanes*. Son action sur les récepteurs Gaba-B, qui jouent un rôle dans nombre d’addictions, fait de lui un potentiel anti-addictif pour plusieurs addictions ayant pour caractéristique commune le « craving », ou besoin irrépressible de consommer, y compris dans des addictions sans produits comme l’addiction aux jeux. C’est ce qui a poussé plusieurs prescripteurs à utiliser le baclofène dans ces indications, avec parfois de bons résultats. Plusieurs publications scientifiques ou témoignages de patients l’attestent **.
Le baclofène a été autorisé par l’ANSM à hautes doses dans le traitement de l’alcoolisme. Ses effets indésirables et répercussions à long terme ne peuvent être un argument suffisant contre sa prescription dans les TCA, car ce sont les mêmes que dans l’addiction à l’alcool. Prescrit depuis 40 ans en neurologie, y compris à hautes doses, son bon rapport bénéfices-risques a été largement démontré.
Le baclofène ne peut pas être rapproché du Médiator. Le scandale serait au contraire, comme pour l’alcoolisme, de priver certains patients atteints de TCA d’une aide potentiellement efficace.
Association AUBES (Association des Utilisateurs du BaclofènE et Symphatisants)
Association Baclofène
RESAB (Réseau Addiction Baclofène)
Dr Renaud de Beaurepaire, psychiatre, co-fondateur de l’ Association Olivier Ameisen
Mme Sibel Bilal de La Selle, directrice de « A Ta Santé Service »
Mr Samuel Blaise, président de l’Association Olivier Ameisen
Mr Yves Brasey, vice président de l’association Baclofène
Dr Pascal Gache, alcoologue, Genève, Président de AUBES
Mme Marion Gaud, administratrice de l’association Aubes
Pr Bernard Granger, psychiatre, co-fondateur de l’Association Olivier Ameisen
Mme Sylvie Imbert, présidente de l’ association Baclofène
Pr Philippe Jaury, généraliste, coordinateur de l’essai Bacloville
Dr Bernard Joussaume, généraliste, co-fondateur de l’association AUBES
Dr Patrick de La Selle, généraliste, président du RESAB
Dr Annie Rapp, généraliste et psychothérapeute, co-fondatrice du RESAB
*/http://www.dailymotion.com/video/xa9b9l_baclofen-reduces-cocaine-craving-s_lifestyle
**/ Études baclofène et TCA
2004 :Higgs S, Barber DJ. Effects of baclofen on feeding behaviour examined in the runway. Prog Neuropsychopharmacol Biol Psychiatry. 2004 Mar;28(2):405-8.
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http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/16140347/
2006 :Wojnicki FH, Roberts DC, Corwin RL. Effects of baclofen on operant performance for food pellets and vegetable shortening after a history of binge-type behavior in non-food deprived rats. Pharmacol Biochem Behav. 2006 Jun;84(2):197-206. Epub 2006 Jun 19.
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2007 :Broft AI, Spanos A, Corwin RL, Mayer L, Steinglass J, Devlin MJ, Attia E, Walsh BT. Baclofen for binge eating: an open-label trial. Int J Eat Disord. 2007 Dec;40(8):687-91.
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2010 :Guardia D, Rolland B, Karila Let al. GABAergic and Glutamatergic Modulation in Binge Eating: Therapeutic Approach. Current Pharmaceutical Design, May 2011, Pages 1396-1409 (14).
http://www.eurekaselect.com/74446/article
Arima H, Oiso Y. Positive Effect of Baclofen on Body Weight Reduction in Obese Subjects: A Pilot Study. Internal Medicine Vol. 49 (2010) No. 19 P 2043-2047
Abstract : https://www.jstage.jst.go.jp/article/internalmedicine/49/19/49_19_2043/_article
Full text : https://www.jstage.jst.go.jp/article/internalmedicine/49/19/49_19_2043/_pdf
2012 :Corwin RL, Boan J, Peters KF, Ulbrecht JS. Baclofen reduces binge eating in a double-blind, placebo-controlled, crossover study. Behav Pharmacol. 2012 Sep;23(5-6):616-25.
http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/22854310
2014 :Wojnicki FH, Brown SD, Corwin RL. Factors affecting the ability of baclofen to reduce fat intake in rats. Behav Pharmacol. 2014 Apr;25(2):166-72.
http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/24569221
Avena NM; Bocarsly ; ME.; Murray S; Gold MS. Effects of baclofen and naltrexone, alone and in combination, on the consumption of palatable food in male rats. Experimental and Clinical Psychopharmacology, Vol 22(5), Oct 2014, 460-467
http://psycnet.apa.org/psycinfo/2014-30827-001/
Témoignages de patients :
Enquète association Baclofène
Forum baclofène et autres addictions
Forum Aubes