Baclofène, médicament providence ?
Par Sylvie Benkemoun, membre du Think Tank ObésitéS, psychologue psychothérapeute spécialiste des questions d’obésité.
En réponse à l’article « Farce et attrape » de Jean-Michel Lecerf
Le Baclofène est au départ utilisé pour certains troubles musculaires. La donne change quand le professeur Olivier Ameisen décrit la guérison de son alcoolisme grâce à cette molécule utilisée alors à fortes doses. Il est suivi par des personnes décrivant favorablement les effets de ce médicament sur leur addiction à l’alcool (médicament pris sous responsabilité du médecin prescripteur).
Mais il n’existe pas d’Autorisation de Mise sur le Marché (AMM) pour le Baclofène. Une première étape, la Recommandation d’Utilisation Temporaire (RTU) en mars 2014 (procédure dérogatoire et exceptionnelle) valide un rapport favorable bénéfices-risques tout en faisant des recommandations d’utilisation. Elle fixe les précautions à prendre au niveau des posologies et énumére les effets secondaires de cette molécule.
Une extension d’utilisation est proposée dans le cadre des troubles du comportement alimentaire, pour les pulsions alimentaires irrépressibles comparables à celles existant dans l’alcoolisme.
Mais la RTU accordée pour la prise en charge de l’alcoolo-dépendance ne concerne pas son utilisation pour les troubles du comportement alimentaire.
Cet espoir de réduction des troubles n’est pour l’instant pas suffisamment étayé, ni confirmé par des études de grande ampleur en dépit de deux études (Broft AI et coll., 2007 et Corwin RL et coll., 2012).
L’utilisation du Baclofène dans les troubles du comportement alimentaire est « formellement déconseillée » par l’ANSM (Agence Nationale de Sécurité du Médicament et des produits de santé) en date du 24/12/2014. Une grande prudence s’impose donc dans l’utilisation de ce médicament. Cette extension est insuffisamment testée, même si elle peut s’envisager en apparence avec certains résultats positifs comme décrits.
Dans un contexte de chasse à l’obésité par tous les moyens, tout semble préférable à ces poids élevés et à leurs conséquences. Mais nous avons déjà vécu un certain nombre de ces engouements pour des médicaments d’origines différentes, vantés médiatiquement. Ils se sont avérés délétères pour certains.
Nous savons combien les médicaments concernant l’obésité sont vite considérés comme miraculeux. Ils sont largement utilisés alors que leurs indications d’origine étaient plus restreintes. Il ne s’agit pas de privilégier une approche ou une autre mais de rester scientifiques, prudents, et modestes dans le maniement de molécules qui ne sont pas dénuées d’effets indésirables, voire nocifs.
Mais quand il s’agit de médicaments, les intérêts en jeu ne font pas toujours bon ménage avec une modération nécessaire face à l’obésité. C’est une pathologie complexe et récalcitrante dont on découvre sans cesse de nouvelles origines.
Sources :
http://ansm.sante.fr/var/ansm_site/storage/original/application/2976e3c2bb5c0e5265a35955df5e8de0.pdf
http://www.vidal.fr/actualites/14676/baclofene_l_utilisation_dans_les_troubles_du_comportement_alimentaire_formellement_deconseillee_par_l_ansm/



D’autant plus qu’il faut faire attention à l’amalgame des « addictions ». 3 litres de Whisky ou 3 kg de pâtes, ce n’est pas la même bio-chimie qui est engagée…
Gras pigeons
En écho aux réflexions sur le Baclofene et autre Mysimba Il ne faut pas oublier que nous sommes la cible de l’industrie pharmaceutique Dans notre société de consommation,c’est nous les pigeons (et aussi les moutons car l’individu aime agir comme ses semblables et perd facilement tout sens critique) La publicité ne répond souvent pas à un besoin réel mais cherche toujours à générer le désir d’ un produit superflu,souvent inutile et parfois dangereux Les budgets consacrés dans ce but par l’industrie pharmaceutique sont considérables,n’hésitant pas à biaiser des études par des conflits d’intérêts pour prouver la supériorité de leur dernière molécule sur les précédentes et son innocuité
L’obésité n’échappe pas bien entendu à ces mécanismes du marché,il s’agit même d’un terrain privilégié puisqu’en pleine expansion Les régimes miracles sont particulièrement fructueux puisqu’ils génèrent eux même de l’obésité,auto-entretenant à eux seuls le phénomène La chirurgie aussi rentre dans le système puisque perçue comme le miracle de la dernière chance Et on y a recours les yeux fermés sans se préoccuper de ce qui dans la personnalité,le vécu de l’obèse a pu favoriser,provoquer cet état Pas étonnant qu’il y ait des échecs et des laissés pour compte à distance…. Bref les obèses ,comme nous tous, sont des pigeons