Quand on vous dit qu’il faut lire Darwin
Par Arnaud Cocaul, membre du Think Tank ObésitéS, médecin nutritionniste.
L’environnement nutritionnel de l’enfant en bas âge influence sa santé future. On a évoque à ce titre le concept d’origine développementale des maladies de l’adulte. C’est donc une révolution qui incite à revoir les bases alimentaires de la femme enceinte et des parents ?
L’excès de protéines à l’âge de 2 ans est plus net chez les enfants qui ont un rebond précoce d’adiposité. Ce rebond précoce d’adiposité correspond à l’âge où la courbe d’indice de masse corporelle (IMC) est à son niveau le plus bas. Il se situe habituellement vers l’âge de 6 ans. Plus précoce est l’âge de rebond, plus il y a risque d’obésité ultérieure (surtout en fin de croissance). Donc l’excès de protéines semble incriminé et doit être surveillé.
Mais les graisses jouent également un rôle dans la trajectoire de croissance. Les parents pensent souvent à tort qu’il ne faut pas donner trop de lipides aux enfants et même les contingenter dans ce type de nutriments (au profit des protéines). L’épidémie d’obésité infantile est parallèle à une moindre consommation de lipides chez les enfants de moins de 3 ans dans bon nombre de pays. On, tend même vers des taux de 28% de graisses vers l’âge de 3 ans alors que les recommandations visent 50% dès les premiers mois de vie puisque le lait maternel en contient 50%.
Le métabolisme de l’enfant s’adapterait à ce manque de lipides afin de contrer un hypothétique déficit pondéral. La leptine (hormone de la satiété) serait diminuée avec même apparition à l’âge adulte de résistance à la leptine. L’appétit serait accru afin de constituer des réserves (qui sont essentiellement du gras). C’est un mécanisme d’adaptation épigénétique. Darwin a toujours raison : l’être humain sait s’adapter au milieu ambiant. Donc moins de protéines et plus de lipides chez nos enfants.
(Source étude ELANCE, 1er colloque SF-DOHaD, 8-9 nov 2012)


