Une épidémie irréversible ?

Par Jean-Michel Lecerf, membre du Think Tank ObésitéS, chef du service nutrition de l’Institut Pasteur de Lille, spécialiste en endocrinologie et maladies métaboliques.

En réaction à l’article « Même pas peur de grossir » de Catherine Grangeard

diagrammeLa Société Française de Nutrition et l’Association Française d’Etudes et de Recherches sur l’Obésité (AFERO) viennent de lancer un message d’alerte quant à l’évolution probable de l’épidémie d’obésité en France.

En effet contrairement aux idées reçues, les Français ne sont pas épargnés. On peut prévoir mécaniquement l’évolution : aujourd’hui 15 à 20% des adultes sont obèses ; en 2030 ils seront 24 à 28%. Quant à l’excès de poids il atteindra 58 à 66% des adultes au lieu de 50% environ actuellement.

Alors que l’on a pu observer un fléchissement ou un ralentissement de la progression de l’obésité et du surpoids chez l’enfant, en France comme dans tous les pays occidentaux, cette relance péjorative des chiffres pourrait paraître surprenante. Elle est liée au fait que l’obésité est une maladie à retardement, et qu’elle se prépare aujourd’hui. D’autre part la plupart des obésités s’installent à l’âge adulte, avec un cours évolutif qui va naturellement vers l’aggravation. Ce sont d’ailleurs les obésités sévères qui augmentent le plus. D’autre part, les ingrédients classiques de la prise de poids restent présents : alimentation inappropriée et sédentarité, le tout favorisé par des conditions socio-économiques qui se dégradent rapidement aujourd’hui. Et puis d’autres causes insidieuses sous-jacentes ou non, moins connues et donc sournoises sont là. En vrac : déficit de sommeil, stress social, psychoses et antipsychotiques, tabac et arrêt du tabac, perturbateurs endocriniens, antibiothérapie précoce, césariennes et abandon de l’allaitement maternel, régimes restrictifs, petit poids de naissance, excès d’écrans, perte des repas familiaux…

Ainsi comme le demandent les sociétés savantes sus-citées, il est urgent d’améliorer le parcours de soins ; il faut également accroître la compétence des professionnels de santé, mais aussi lutter contre les facteurs d’aggravation liés à des prises en charge inadéquates. Il faut soutenir la recherche fondamentale en vue d’autres « solutions » thérapeutiques que la seule chirurgie bariatrique et sur les causes environnementales du gain de poids. Enfin il faut lutter contre les conditions structurelles des facteurs favorisants, ce qui passe par des approches urbanistiques pour l’aménagement du territoire, la pratique du sport à l’école et à l’université, l’éducation sensorielle et l’éducation culinaire à l’école, les rythmes de vie et de sommeil, la promotion de la culture alimentaire et de sa transmission, l’encouragement des parents à exercer leur compétence éducative… Enfin la lutte contre la paupérisation économique et culturelle relève des pouvoirs politiques et du monde de l’économie. Bien que ce soit un autre domaine c’est dans doute un vecteur majeur d’inversion de la courbe nationale de poids.

Balises : , , , , , , , , , ,

One response to “Une épidémie irréversible ?”

  1. Guillaume Losserand says :

    Et si on ne pensait plus l’obésité comme une maladie, mais comme une forme possible du vivant il n’y aurait plus d’épidémie du tout…

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.

Rejoignez 462 autres abonnés

%d blogueurs aiment cette page :