Détox ou purification
Par Sylvie Benkemoun, membre du Think Tank ObésitéS, psychologue psychothérapeute spécialiste des questions d’obésité.
En réaction au texte « Détox ou intox ? » d’Arnaud Cocaul
Manger mal, trop, des aliments diabolisés toujours plus nombreux devient la grande peur de notre époque. Les mises en garde contre la malbouffe, le lait, le sucre, le gluten, le transformé, alimentent les peurs de s’empoisonner et de grossir, punition suprême pour un mangeur impénitent. Le régime détox va au-delà d’un énième régime dont on connaît les limites. Il permet de relier corps et esprit de façon quasi religieuse. Purifier ou se débarrasser de ses excès, des polluants et de tout ce qui fait peur. Détoxifier pour accéder à un corps que l’on souhaite pur, avec l’assurance de chasser toute possibilité de maladie et pourquoi pas, un accès à une jeunesse éternelle.
Toute proposition allant dans ce sens ne peut recueillir que des échos favorables quand en plus ils sont relayés par des actrices connues. Suivre ce régime, c’est soudain avoir accès à une parcelle de leur beauté, un peu comme ces anciens guerriers mangeant le cœur de leur ennemi pour en acquérir la force.
Décidément, il s’en passe des idées au travers de ce que nous mangeons. Elles défient la biologie et le bon sens pour se justifier en créant de nouveaux besoins, de nouvelles conduites transformant l’acte alimentaire en un combat de chaque instant. Le régime détox semble donner l’absolution des péchés alimentaires, quelle trouvaille astucieuse…
Au paroxysme de cette diabolisation, le comportement alimentaire s’éloigne des systèmes de régulation qui nous délivrent des signaux qu’il nous suffirait d’écouter pour manger sans crainte. La voie est alors ouverte à la pensée magique au mépris de toute validation scientifique de tel ou tel mode alimentaire.
Quand les laboratoires s’emparent de ces idées, des produits sont proposés trouvant des acheteurs satisfaits d’être entendus et compris, alimentant un commerce florissant et un marketing dynamique. Quand viennent les beaux jours et la perspective du maillot de bain, les gondoles des officines attisent les envies de clientes en proie à l’envie de maigrir si présente cycliquement. Comment remplacer ces espoirs souvent déçus par un principe de réalité moins exaltant mais tellement plus conforme à des connaissances scientifiques validées ?
Et comment remettre l’acte alimentaire à sa juste place en ne lui demandant pas plus qu’il ne peut offrir ?


