Offres alimentaires et obésité
Par Jean-Michel Lecerf, membre du Think Tank ObésitéS, chef du service nutrition de l’Institut Pasteur de Lille, spécialiste en endocrinologie et maladies métaboliques.
En réaction au texte « Détox ou intox ? » d’Arnaud Cocaul
Arnaud Cocaul a raison, de plus en plus d’aliments « modernes » sont des aliments de forte densité énergétique (Kcal/100g) et de faible densité nutritionnelle (mg d’un micronutriment pour 100 Kcal). Ceci s’explique de deux façons. D’abord, parce que ces aliments sont raffinés. Ils perdent donc une partie de leurs nutriments non énergétiques précieux (vitamines, minéraux, polyphénols, caroténoïdes, fibres). Ensuite, parce qu’ils sont enrichis en calories sous formes de sucres et graisses ajoutés.
Revenant d’un voyage d’étude au Mexique, j’ai pu constater avec effarement à quel point les aliments disponibles dans ce pays en étaient la caricature. L’offre alimentaire est dramatique et les choix alimentaires aussi… chez les pauvres.
L’obésité s’y développe de façon exponentielle. La quasi-totalité des enfants est obèse, les adultes le sont presque tous aussi… dans les populations défavorisées, c’est à dire 90% de la population mexicaine. Le handicap pour cette nation sera lourd en terme de santé publique d’ici 15 à 20 ans lorsque une majorité des personnes obèses seront diabétiques hypertendus et coronariens.
Mais la cause initiale n’est pas que dans l’offre alimentaire, elle est dans l’éducation, dans les représentations corporelles chez les populations pauvres, et surtout dans la pauvreté, les aliments « riches » étant bon marché, et ces aliments riches sont enviés par les pauvres. D’ailleurs au Mexique les populations aisées sont minces alors qu’elles côtoient la même offre alimentaire…
Industriels et pouvoirs publics doivent s’associer pour agir ensemble et non pas en opposition comme c’est trop souvent le cas en France.
Par contre je ne partage pas les thèses rapportées par Arnaud Cocaul sur l’appauvrissement des aliments en nutriments : ceci fait partie des rumeurs bien entretenues par les adversaires idéologiques de l’agriculture moderne.
La composition en nutriments, y compris en macronutriments des légumes, fruits et autres aliments végétaux est liée pour l’essentiel à la génétique des plantes et aux variétés elles-mêmes. Le mode d’agriculture, bio, n’agit qu’à la marge.
Certes les teneurs en minéraux et vitamines sont parfois un tout petit peu plus élevées dans les végétaux bio, du fait d’une plus faible teneur en eau, mais les différences disparaissent après ajustement sur le poids sec. Seuls sont réels une teneur un petit peu plus élevée en polyphénols. Mais la raison principale de ces résultats « manipulés » est le fait que les variétés anciennes sont souvent abandonnées. Là pour des raisons liées à la génétique des plantes, il y a de vraies différences.
Essayons de ne pas tout dénigrer, d’identifier les vrais problèmes, et de ne pas généraliser : le modèle alimentaire français est extraordinaire, nous sommes gâtés, ne soyons pas des enfants gâtés !


