Contre les obèses

Par Jean-Michel Lecerf, membre du Think Tank ObésitéS, chef du service nutrition de l’Institut Pasteur de Lille et spécialiste en Endocrinologie et maladies métaboliques.

n-OBESITY-large570David Cameron envisage de réduire les allocations des obèses qui refuseraient de perdre du poids, de 100 euros par semaine.

Il est dommage que David Cameron ne soit pas obèse. Cela ne réduirait pas beaucoup ses revenus mais cela l’éclairerait, car vraisemblablement il ne l’est pas par ses conseillers. On l’excuse cependant car il n’est pas obèse, car il est mal conseillé, et enfin parce que c’est une mesure populiste et donc électoraliste. Les foules adorent qu’on désigne des coupables et qu’on les montre du doigt : cela leur donne bonne conscience et cela les laisse dans l’ignorance. Mieux vaut en effet ne pas voir et ne pas savoir. Chacun peut ainsi rester dans son confort. Le problème ce sont les autres : rectifions-les. L’enfer ce sont les autres, et on sait qu’il est pavé de bonnes intentions.

Il faut lui expliquer à David Cameron, espérons qu’il ne faudra pas le faire à nos dirigeants :
1) qu’on ne choisit pas d’être obèse, pas plus qu’on ne choisit d’être malade. Certes ceux qui ont un problème d’alcool, qui ont eu un accident de sport, de voiture, une infection VIH, un cancer du poumon lié à l’amiante ou au tabac, auraient pu, auraient dû ne pas boire en excès, ne pas faire du sport, ne pas conduire vite, ne pas se droguer, ne pas travailler dans l’amiante, mais ils l’ont fait. Pourquoi ? Étaient-ils obligés, étaient-ils défavorisés, dépressifs, pauvres, prétentieux, victimes, responsables. Peu importe. On les soigne quelle que soit la cause de leur maladie. On n’y arrive pas toujours, mais on fait ce qu’on peut avec eux.

2) que l’obésité n’est pas une maladie nutritionnelle. Certes l’alimentation joue un rôle non négligeable, mais c’est une maladie multifactorielle et nous sommes inégaux face à l’alimentation pour des raisons physiologiques, génétiques, comportementales, psychologiques.

3) que maigrir ne se décrète pas et qu’il y a des freins, des résistances, des obstacles, des impossibilités parfois à maigrir, encore plus à « faire » maigrir durablement.

4) que la responsabilité de l’État n’est pas de s’attaquer aux malades mais de favoriser la prévention, en favorisant les conditions d’une meilleure alimentation et d’un meilleur environnement pour l’activité physique par des incitations et dispositions en termes d’aménagement du territoire, de lutter contre le chômage et la précarité facteurs majeurs d’obésité en occident (y compris en Grand Bretagne), de soutenir la recherche médicale et enfin de faciliter l’accès aux soins des personnes en souffrance.

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One response to “Contre les obèses”

  1. Waysfeld Bernard says :

    Merci à jean-Michel pour ce fabuleux papier

    Bernard

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