Les complications post-opératoires plus fréquentes chez les personnes obèses
Par Patrick Bergevin, membre du Think Tank ObésitéS, chirurgien digestif.
En réponse à l’article « le paradoxe de l’obésité » de Bernard Waysfeld
L’étude rapportée par Bernard Waysfeld sur le moindre risque cardiovasculaire des personnes en surpoids comparativement à celles de poids dit normal est très surprenante car elle va à l’encontre des précédentes. Il n’est pas précisé cependant le risque dans la catégorie obésité morbide, au delà d’un IMC de 40. En tant que chirurgien, je peux difficilement partager l’opinion que l’obésité met à l’abri des risques.
En effet nous sommes de plus en plus fréquemment obligés d’opérer les personnes obèses puisque la démographie de cette tranche de poids ne cesse d’augmenter. Chaque fois c’est pour nous une appréhension car nous savons parfaitement d’expérience que les complications post-opératoires sont plus fréquentes chez elles. En particulier l’infection se développe facilement dans les tissus graisseux. Les comorbidités sont toutes vectrices de complications :
- saignements favorisés par l’hypertension ou les traitements anticoagulants ou « fluidifiants »
- infections développées sur un hématome, favorisées par un diabète
- complications respiratoires liées à la diminution des capacités ventilatoires, et parfois apnée du sommeil
- accidents cardiovasculaires par thromboses ou embolies, surtout si des anticoagulants ont du être interrompus et si la mobilité est réduite.
Bref, c’est pour nous un soulagement quand, (de moins en moins souvent!), nous sommes amenés à prendre en charge un patient de poids « normal ».
Curieusement les obèses ne sont souvent pas conscients de ces risques, il y a même parfois comme un déni, surtout chez les hommes, pour qui avoir un excès de ventre est considéré comme un signe de bonne santé. Ils disent ne pas être malades mais peuvent avoir une liste de traitements impressionnante dont ils ignorent parfois l’utilité. Ou bien c’est le bilan préopératoire qui découvre plusieurs comorbidités.
Certes, l’optimisme fait vivre, mais ce type de mise en garde devrait faire partie du discours de prévention contre l’obésité.


