Démédicaliser le surpoids
Par Arnaud Cocaul, membre du Think Tank ObésitéS, médecin nutritionniste.
En réponse à l’article « le paradoxe de l’obésité » de Bernard Waysfeld
Il y a déjà quelques années, Katerine Flegal et son équipe établissait dans une méta-analyse que le groupe surpoids avait 12% de mortalité toutes causes confondues en moins que le groupe dit « poids normal »*.
Rappelons également que les normes d’indice de masse corporelle actuellement utilisées ont été modifiées depuis 1998 (la norme d’IMC normale s’établissait antérieurement entre 20 et 27) ce qui englobait dans la norme « normale » des individus en surpoids et excluaient des individus trop minces. Pourquoi ce changement de paradigme ? Peut être la pression des industries pharmaceutiques a-t-elle été efficace ?
Quoi qu’il en soit, il faut démédicaliser le surpoids et s’occuper médicalement des obésités sévères et massives. L’objectif est que nos patients n’aggravent pas leur poids, et non pas leur faire perdre du poids coûte que coûte.
* Association of All-Cause Mortality With Overweight and Obesity Using Standard Body Mass Index CategoriesA Systematic Review and Meta-analysis
Katherine M. Flegal, PhD; Brian K. Kit, MD; Heather Orpana, PhD; Barry I. Graubard, PhD
JAMA. 2013;309(1):71-82. doi:10.1001/jama.2012.113905.
Conclusions and Relevance Relative to normal weight, both obesity (all grades) and grades 2 and 3 obesity were associated with significantly higher all-cause mortality. Grade 1 obesity overall was not associated with higher mortality, and overweight was associated with significantly lower all-cause mortality. The use of predefined standard BMI groupings can facilitate between-study comparisons.



D’après Jean-Pierre Poulain qui reprend en partie les propose du Dr Tounian, les médecins français eux mêmes sont à l’origine de la sur médicalisation de l’obésité et des « manipulations paternalistes » (dixit Poulain) utilisées pour faire peur aux familles.
Sa Sociologie de l’obésité est particulièrement claire sur ce point.
Quand le médecin ne dispose que de 15 à 20 minutes de consultation, d’aucun moyen de coaching (hors face à face dans le cabinet) et s’appuie essentiellement sur la pharmacopée comme élément de réponse, alors oui le milieu médical est peu adapté à la prise en charge du surpoids.